iPad et les créatifs

J’ai pu interroger quelques designers pour qu’ils me laissent leur impression sur l’iPad.

Vivid Savitri, directrice de la création chez Trigger Shanghai : « Pour nous, je pense que l’iPad nous donnera davantage d’opportunités d’étendre non seulement notre collection existante de jeux, mais aussi d’autres types d’expériences numériques : par exemple, sortir des comic animés en mode vis-à-vis est sur notre liste de priorités. » Elle nous précise les avantages intrinsèques de l’objet et ses utilisations possibles : « La dimension de l’iPad fait qu’elle sera utilisable pour jouer aux jeux de courses ou de vol. La prise en main y a l’air idéale pour ce genre d’usages. »

D’autres designers restent plus mesurés, et préfèrent attendre « quelques mois », pour découvrir les applications phares de l’iPad, comme Marc Seefelder, responsable du design et de l’innovation chez BizSphere à Shanghai. Sa passion pour la musique lui laisse déjà toutefois entrevoir « un nombre important de possibilités pour les Djs, grace aux applications de table de mixage », ou pour les amateurs de sons. l’iPad est « une sorte d’appareil de controle musical pour la maison, qui se branche sur la Hi-fi. »

Pour Christophe Bernard, webdesigner et illustrateur à Paris, la vrai revolution va d’abord venir des contraintes technologiques, « avec l’HTML 5 et css3, on va être obligé de penser encore plus en terme d’animation d’un produit. »

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Vivid nous rappelle enfin l’environnement concurrentiel dans lequel Apple se situe, et qui pourrait freiner sa vente au très large plublic ou peu habitué à la lecture longue sur écran : « Le Kindle d’Amazon est toujours aussi bon, et Apple serait en discussion avec Barnes & Noble pour fournir leur iBook Store (…) Mon seul souci c’est que l’iPad possède une surface vitrée et réflective, ce qui pourrait être assez ennuyeux pour une lecture en extérieur ou au soleil. » Inquiétude également ressentie par Christophe : « Je me demande bien quel est le confort de lecture quand même, parce que ce n’est pas un e-reader, et j’ai pas envie de lire maxi un livre pendant 1/4 d’heure avant d’essuyer mes larmes. »

à lire également :
Interview de Romain Landsberg, responsable du studio de Backelite, sur le métier de concepteur d’interfaces mobiles,
iPad Vs. Net/E-books : « Why the iPad Will Crush Netbooks and Ebook Readers »

iPad et les medias

ipad-interactive-design-site-picLe voilà donc, après un an de tergiversations, d’imagination de la part des designers produits, l’iPad, ce nouveau produit qui n’en est pas un puisqu’il se glisse savamment entre iPhone et MacBook air. iPad n’est pas tout à fait un netbook, déjà par son prix. Il en coutera 500$ pour en faire l’acquisition, autant dire que l’intégralité des patrons de presse et de medias vont pavoiser avec pendant 1 an sans paraitre trop out.

Florilège de réactions :
New York Times — « iPad un nouveau style d’informatique entre le smartphone et l’ordinateur portable »,
Owni — Apple iPad : analyse d’une déception logique »,
Steve Nagata, Mobile in Japan — « iPad in Japan: First Impressions of the new addition »,
J-C Féraud — « Le fol espoir de la presse vis à vis de l’iPad après 10 ans d’inertie m’agace. »

Mon post n’a pas vertu à décortiquer toutes les descriptions et fonctionnalités, mais à se concentrer sur celles qui concernent nos medias. Après l’excellente prestation du New York Times, qui a eu l’exclusivité pour préparer une application spécifique pour la tablette iPad, une course contre la montre va certainement s’engager entre les médias qui ont pris le parti de déployer leur contenus sur diverses plateformes. Car les medias attendaient beaucoup d’Apple.

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L’iPad, le support que les medias attendaient. La balle est maintenant dans le camp des médias. Que peut-on espérer des médias d’information qui ont déjà pris le ‘pari’ du digital ?

À court terme

Les medias ayant déjà pensé et conçu une application iPhone ont une longueur d’avance. En quoi ?

  • Ils ont déjà les ressources, les connaissances du support ‘touch’, qui permettent de maitriser et exploiter toutes les fonctionnalités ergonomiques de la tablette. Ayant fait sous-traiter, ou internaliser la production de leur application iPhone, ils connaissent déjà les outils et langages de programmation.
  • lls ont déjà commercialisé des applications payantes et ont habitué leur lecteurs à payer 0,79, 3, ou 5€ pour obtenir une information sous un support dédié. Le freemium, nouvelle tendance 2010 des acteurs de la presse en ligne, peut également se déployer sur les applications iPad.

Leur avance reste relativement faible. Car un simple resizing de leur application iPhone sera loin de garantir le succès et la popularité de leur application. Même à court terme, les utilisateurs précoces, ces early adopters, seront d’aucune pitié avec le journal, chaine de télévision ou radio qui commettra tel sacrilège. Même punition pour les sites web qui diffuseront une version RSS+ de leur flux d’information.

À court terme, la presse peut imaginer offrir un copier-coller de leur édition papier, avec un paiement a la carte, des formules d’abonnement. Je n’entre pas dans le débat de savoir si ce genre de commercialisation aura pour effet de « tuer le papier ». À court terme, cela ne suffira pas non plus. Il faudra offrir toute l’interactivité sur ces PDF premium, avec au moins, comme nous l’avons vu lors de la Keynote, de vidéos ‘inline’, des liens de page à page, etc. L’intéret d’utiliser des plateformes video qui pourront afficher ces vidéos sera crucial. Idem pour les sons et les elements dits multimédias. Les infographies Flash vont valser des bureaux d’infographies. La réalité est que peu de rédactions disposent d’un système d’information capable de créer ce genre de support. Ils devront donc repasser par une compétence journalistique, de manière à doper la contextualisation des articles, pour avoir un réel intérêt pour les lecteurs.

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À moyen terme

Si la promesse du freemium permet de générer suffisamment de budget de développement, les investissements de création de contenus exclusifs pourront se développer sur l’iPad, d’une manière ou d’une autre. Ce sera pour nous tous un nouveau territoire interactif à parcourir. Nouveau territoire de création pour les designers d’information, de contenus multimédias, nouveau territoire de consommation d’info.

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Photos, capture prises lors des live Engadget, Gizmodo et Gdgt

Kevin Cooley

Kevin Cooley est un artiste photo et vidéo basé à Brooklyn. Il a collaboré pour Vision China, Esquire ou encore le New York Times magazine. Je m’intéresse particulièrement à ses séries nocturnes « Lights Edge ». Il capture, en pose longue, les trainées des avions de ligne, les incendies géants ayant eu lieu en Californie en 2007, ou même les feux de détresse qu’il fait décoller dans des endroits insolites, comme dans le Wyoming ou dans l’Idaho. Il en ressort de subtils jeux de lueurs qui apporte ce qui manque parfois aux photographies de vastes paysages : du relief.

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Pour en voir davantage, je vous invite à parcourir la galerie de Kevin Cooley.

Data.gov.uk

data-gov-uk-site-picUn site consacré aux données et statistiques publiques est sorti il y a un an aux US, et c’est au tour du Royaume-Uni de sortir son site data.gov.uk, avec la partipation de Tim Berners-Lee, partisan d’une large ouverture des données et du web sémantique.

À l’heure où j’écris ces lignes, toute une partie du site est encore verrouillée, mais Ito Labs (l’équipe nous avait animé OpenStreetmap sur un an) a obtenu le sésame et nous fournit déjà de quoi saliver. À partir des données, quelques captures d’écrans montrent des applications visuelles, comme avec le nombre d’immatriculations de véhicules, par type (vélos inclus), par date.

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data.gov.uk (vehicles in London greater area)

L’enjeu est de taille. Utiliser les données permet de se faire de nouveaux regards sur un lieu, une époque, une société.

Je reste en veille sur ce type de site, mais reste assez dubitatif. On se pose évidemment la question de l’utilité de ces sites, car depuis que data.gov est lancé, il n’y a pas eu l’explosion d’applications concrètes attendue.

Jean-Julien Pous

animation-seeking-you-jean-julien-pous-site-picUne histoire d’amour perdue entre un homme et une femme, c’est un sujet souvent visité par les réalisateurs de films courts. Mais quand la ville s’appelle Hong Kong, que le film est à mi-chemin entre photo, animation 3d, et que le tout s’inspire des Tokyo Godfathers ou des ‘instants’ filmés de Wong Kar Wai, il n’y a rien à redire, je craque sans hésiter.

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Réalisé par Jean-Julien Pous, un ancien de Supinfocom qui vit désormais à Wuhan. Plus d’infos sur son folio vidéo Cargo.

再见 g.cn

bye-google-cn-site-picLe titre signifie « Au revoir Google ». Car Google annonce qu’il serait prêt a fermer les bureaux Chinois. Après l’annonce fracassante de Google US vis à vis des attaques contre des serveurs de mail de Google, Google China montre une certaine impatience. Comme le disait un des leaders de la maison, « La Chine a 5000 ans d’histoire, et Google a 5000 ans de patience ».

Google avait besoin de se refaire une image un peu moins diabolique. Il le réussit au niveau du reste du monde, en débloquant les fonctions de filtrage sur le site Google.cn, un sacré bras d’honneur non seulement au gouvernement Chinois, mais aussi à tous ceux qui ne croyait pas Google capable d’un tel geste. Cette capture d’écran de Google, prise vers 11h, heure locale, est en elle-même un événement, celle-ci présente les images du massacre de Tiananmen.

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Ou encore cette image du Dalai Lama en grand sur les resultats de Google, représentant bandit considéré comme illégal en Chine.

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La réaction politique à cette annonce va être singulièrement étonnante… Elle peut aboutir à des négociations, ou à un simple blocage du site dans les prochaines heures, blocage qui signifiera la fin certaine des activités de Google en Chine.

Pendant ce temps, en France….
Alors que la France s’agite contre Google et son hégémonie culturelle et financière, accusée de détourner la valeur de son créateur vers son diffuseur et ainsi ruiner les modèles économiques existants, ce signal du départ sonne comme un avertissement à tous les pays tentant de barrer la route de manière trop sévère… notamment avec cette taxe surnommée « Taxe Google ». Globalement les « gardes rouges » chinois espionnant les sociétés étrangères basées en Chine ne sont peut être pas aussi différents que des parlementaires. Les deux s’attaquent au portefeuilles au nom de valeurs « morales ».

Prédictions 2015

2015, donc. Un petit bond de 5 ans, 312 semaines sur un calendrier, et un bond de géant dans l’univers interactif (sans oublier la satané loi de Moore qui fiche généralement tout en l’air).

Prédire l’avenir, rien de plus divertisssant et de plus passionant. Tout le monde s’y colle, et il était temps. À l’après-guerre, on ne cessait de penser et d’imaginer l’avenir dans 10, 50 ans. Dans les annnées 70, on tentait d’anticiper l’an 2000, qui restera la plus grande utopie humanitaire du siècle dernier, car celle-ci n’avait pas su réveiller les consciences, de l’ampleur du désastre écologique que nous vivons aujourd’hui et vivrons demain. Après le brillant exercice d’Étienne Mineur et de Fred Cavazza, voici quelques unes de mes prédictions, centrées autour de Google, souvent foireuses d’ailleurs. Elles sont basées sur des observations du monde occidental. Ce qui pourrait se passer en Chine en 2015 fera l’objet d’un post moins amusant mais tout aussi nourri d’espoirs.

Google et les savoirs

L’acharnement médiatique contre Google s’est poursuivi, mais uniquement dans ces médias de ‘luxe’, imprimés comme des livres, avec un sublime dos carré-collé et des marques pages connectés. Les utilisateurs de 30-45 ans apprennent à contourner le diable Google : Cela devient presque un jeu, Google Zeitgeist fait désormais moins d’audience que Google Ersatz. Google tente, comme il peut, de profiter du buzz lancé contre lui.

Qu’importe pour Google, sa cible est ailleurs, c’est celle qui étudie à l’école, en classe, en fac. Celle qui a été nourrie dès le biberon par le savoir universel et l’éveil des connaissances. Après le mashup entre Google Books et Google News, Google installe ses serveurs dans les grandes universités américaines, européennes et asiatiques. Objectif : absorber le savoir, les échanges et les dernières thèses, à la source. Pour les publier en ligne directement sur un gigantesque intranet. En plus des notes accordées par leur professeurs, les élèves sont évalués en fonction de leur vivacité à organiser et synthétiser l’information qu’ils trouvent et republient. Les QI, QE sont balayés, le Google Index est lançé. Google aide les professeurs car ses nouveaux algorithmes sanctionne le plagiat plus rapidement que jamais. Tollé chez les professeurs, qui rapidement se résignent, tant ils y trouvent leur intérêt.

Ce qui révolutionne les médias sont tant dans leur consommation que leur fabrication. L’état continue à soutenir les jeunes médias qui ont pu investir, depuis fin 2009, sur leur infrastructure technique, et se dotent pour cela d’un système de gestion de contenus. Mais tout cela arrive trop tard. En 2011, Google rachète WordPress ainsi qu’Eidos, et développe un CMS pour les médias, qui leur permettent de créer le contenu sur des supports différents de manière totalement transparente. 3 supports principaux voient le jour : Basic (pour les navigateurs Web. le format blog s’y trouve également), Feel (gestion de l’expérience dans les informations visuelles, sonores et interactives), et Paper (qui regroupe tous les supports imprimés, magazine et journal). Au coeur du système, la fraicheur de l’information et son format y sont également gérées. Résultat, les messages Twitter et le papier d’opinion de 15 000 signes s’y cotoient sans complexes. Le CMS fournit également les outils adaptés de gestion de communauté. Les journalistes sont ravis. Fin 2014, le CMS devient accessible gratuitement, les ex-bloggeurs et développeurs s’emparent de l’outil pour l’améliorer et l’expurger de quelques mouchards.

La consommation des medias

L’ultra personnalisation, anticipée dans les années 2000, se démocratise. Elle est mobile, avec les tablettes et remplace le journal, plus rentable. L’Apple tablet lancée en 2010 en est déjà à sa quatrième version, et dispose enfin des fonctionnalités que les uber geeks rêvent : pliable (comme pour 50% du marché en 2015), interopérabilité avec les autres plateformes telle qu’Amazon et Microsoft marketplace (en 2013), et sont synchronisables sans fil. Leur autonomie dépasse enfin les 18 heures. On peut lire sans interruption sur un Paris-Shanghai. Les A380, déjà assez silencieux depuis l’arrivée du kérozène vert, le sont désormais totalement, les bruissements de pages se font rares.

Jeux vidéos en 3D

Depuis 2011, l’Imax 3D ne fait plus rêver et devient la norme. Même les plus grincheux y adhèrent, depuis que les films « Titanic » et « Autant en emporte le vent » ont étés adaptés. La connivence entre éditeurs de jeux vidéos et production de films est telle, que les sociétés de jeux finissent par racheter les studios de cinémas américains. Le résultat : Des salles de cinéma un peu spéciales voient le jour en 2014, où il est désormais possible d’aller voir un film dont la fin est à jouer dans la salle.

Et chez soi ? La télévision 3D est encore dans les cartons. Elle ne sortira qu’en 2016, et mettra moins de 2 ans pour devenir populaire. En attendant, on s’occupe avec des loisirs bien différents. iMovie débarque sur l’Apple 3DTV dès 2014, qui permet à toute la famille de s’amuser en montant, en collectif, ses films en temps réel. Carton aux US. Nintendo réagit avec une Wii qui permet de jouer en famille et avec ses animaux domestiques. Le buzz est monstrueux, « Chihuahua on Wii » est la recherche de l’année sur Youtube. Elle fait fureur au Japon mais ne perçe pas en Allemagne.

Et Mc Fly dans tout ça ? En 2015, il devient complètement ringard.

2015 - marty

Under the Mask

À l’heure où les bonnes résolutions sont lancées, les voeux envoyés, il est bon ton de se poser la question essentielle de savoir ce qui se cache derrière son masque de bonheur noyé dans l’alcool.

Au travers d’un poster intitulé « What’s Under the Mask? », l’illustrateur Adrian Pavic donne un élément de reponse, avec des films cultes introduisant un personnage masqué.

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Au fait, je vous souhaite une excellente année 2010, pleine de créativité et de renouveau.