Le design ne se résout pas qu’à coups de prompts

Un point partagé récemment par Karri Saarinen sur X mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il met en lumière une dérive très actuelle dans notre manière de concevoir.

Les outils peuvent aider. On peut aujourd’hui designer en promptant, générer des interfaces, explorer des directions en quelques secondes. Et oui, dans certains cas, cela fonctionne. Mais le problème apparaît lorsque cette capacité glisse vers une croyance. Celle que le design serait désormais « résolu ».

Comme toute solution, un résultat n’a de valeur que si l’on comprend le problème qu’il prétend adresser. Sans cette compréhension, il devient difficile, voire impossible, d’évaluer si ce qui est produit est réellement pertinent.

Christopher Alexander came closer than anyone to naming this clearly. In Notes on the Synthesis of Form, he describes design as the search for a good fit between a form and its context.

C’est là que beaucoup se font absorber. Une boucle s’installe. On prompt, on ajuste, on recommence. Le flux est rapide, engageant, presque addictif. Mais pendant ce temps, la compréhension ne progresse pas au même rythme. Elle stagne, voire disparait derrière la production continue.

On avance sans vraiment construire de clarté.

Cette illusion est ancienne. Produire donne une impression immédiate de progrès, alors que comprendre demande du temps, de la friction, une forme d’inconfort. Pourtant, c’est précisément dans cet espace que le design existe.

Les ingénieurs connaissent bien cette distinction. Ils séparent l’architecture du code qui tourne. L’un structure, anticipe, donne du sens. L’autre exécute. Les deux sont liés, mais ne se remplacent pas.

Le design suit la même logique.

Aujourd’hui, l’obsession des outils, amplifiée par l’IA, pousse à court-circuiter cette étape fondamentale. On génère des formes avant même d’avoir stabilisé le problème. Et le résultat est visible. Des produits séduisants en surface, mais fragiles à l’usage, comme si les décisions n’avaient jamais été réellement traversées.

C’est pour cela que cette idée résonne autant. Elle rappelle quelque chose de simple: Le design n’est pas un output.

Les outils accélèrent la production. Ils ouvrent des possibilités réelles. Mais ils ne remplacent ni le jugement, ni la compréhension, ni le temps nécessaire pour construire une solution juste.

Et plus ils deviennent puissants, plus il devient essentiel de ne pas les confondre avec le design lui-même.